jeudi 12 janvier 2012

Maître de jeu, un chef qui sollicite les solutions

Dans l'article "Maître de jeu dans la vraie vie", je me suis demandé si ce que je savais du type particulier d'autorité et de leadership du maitre de jeu pouvait s'appliquer dans d'autres cadres, informels, associatifs ou professionnels. Que peut on apprendre du rôle du maitre de jeu pour les situations où l'on souhaite catalyser la créativité d'un groupe : facilitation de réunion, innovation games, Scrum Master d'une équipe agile auto-organisée, direction d'association, direction d'entreprise ?

Le maître de jeu est un peu l'auteur de la partie de jeu de rôle dans lequel il va inviter les joueurs. Ce point est vrai dans la mesure ou le maitre de jeu prépare un scénario avant la partie, afin de prévoir à l'avance une trame d'événements et des centres d'intérêts mais l'exécution du scénario est collaborative. En général, le maître de jeu prévoit une situation inextricable dans laquelle il va plonger les personnages des joueurs en leur laissant la lourde charge de s'en sortir. Les joueurs sont libres de leurs dires et actions, peuvent réussir ou rater certaines choses, peuvent négliger certaines pistes ou s'y intéresser, et ils peuvent prendre des initiatives qui n'étaient pas du tout prévisibles par le maître de jeu. Ce qui se passe réellement n'est pas écrit à l'avance, c'est tout l'intérêt du jeu.

Daniel Pink a analysé les composants de la motivation professionnelle des personnes réalisant un travail intellectuel. Ses conclusions sont que les trois piliers de la motivation sont l'autonomie, la progression dans la maitrise du travail et l'intérêt pour le propos du travail. Ces trois piliers sont aussi ceux d'une campagne de jeu de rôle réussie, où les joueurs doivent se sentir libres d'agir, doivent sentir leurs personnages progresser et doivent servir une cause plus grande qu'eux même. Pour prendre un vocabulaire d'entreprise, les joueurs ne sont pas des subalternes à qui le maitre a délégué les taches qu'il a décidé bonnes. Au contraire, il laisse le groupe se donner des buts et laisser ses membres trouver et réaliser les actions adéquates.

Dans un milieu associatif et bénévole, le sujet de l'autonomie est crucial car les gens qui veulent donner de leur temps ne souhaitent évidement pas devenir des exécutants d'ordres formulés par un autre, fut il éclairé. Ils veulent se sentir libre d'apporter leur pierre à l'édifice et de réaliser les choses à leur rythme, c'est à dire sans attendre la validation d'une prochaine réunion des hautes instances de l'association. On attend au contraire que l'association soit organisée de manière à solliciter, faciliter et saluer les initiatives prises par ses membres. La direction d'une association a pour but de créer l'espace de liberté dans lequel ses membres peuvent s'exprimer, ce qui est très différent du modèle traditionnel de responsabilité hiérarchique et de délégation.

La personne organisant un innovation game peut très bien être totalement extérieure à la chaine de responsabilité des participants et pourtant faire émerger chez eux une vision, une conscience commune sans rien leur imposer d'autre qu'un jeu qui facilite cette éclosion. Ceci est aussi vrai hors de toute notion de jeu, lorsqu'on facilite une réunion ou lorsqu'on coach un groupe. Lorsqu'on a un rôle de Scrum Master dans une équipe de développement logiciel agile, son rôle n'est pas de dispatcher les taches mais bien de faire que le groupe soit auto-organisé et conscient de ses responsabilités. Ce ne sont donc pas les tâches que l'on délègue, c'est la responsabilité. Dans un jeu de rôle, les joueurs sont entièrement responsables des actes de leurs personnages et ne se retournent pas face au maitre de jeu pour demander "que fait on maintenant ?". En entreprise l'autonomie est une facteur clé d'adhésion de l'équipe, afin que les personnes qui la composent ne se sentent pas des subalternes exécutant servilement des taches mais de véritables acteurs de la vie de l'entreprise. Il me semble intéressant de ne pas considérer un chef comme celui qui possède la solution mais celui qui sollicite la solution.

Cette autonomie laissée aux joueurs par le maitre de jeu ne laisse pourtant pas place au chaos, il y a pourtant des choses qu'un chef doit imposer, dont il doit être le garant. J'y reviens dans un l'article "Maître de jeu, un chef qui assure la cohérence de l'action".

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crédit photo : The Lord Of The Ring Motion Picture

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