mardi 7 février 2012

Fosdem 2012 (2/2) Dimanche 5 Février



Cet article fait suite à l'article Fosdem 2012 (1/2) Samedi 4 Février. Bruxelles, dimanche matin, un excellent petit dej' avec une pensée pour les gars qui je l'avaient partagés l'an dernier, et c'est reparti pour Fosdem. Durant le trajet je fais le bilan de ce que j'ai vu la veille, j'en retire le sentiment que pour la première fois le niveau technique n'était pas haut, ce qui est déroutant pour cet événement. Je suis surtout allé écouter des présentateurs de Red Hat / JBoss cela doit jouer. Mon programme de la journée sera plus communautaire, je vous raconte.

Renzo Davoli / Internet of Threads

Renzo présente une idée qui me semble vraiment intéressante. Et si on associait à toute application une stack IP complète afin de lui parler ? C'est un pas de plus après la vision SOA, les endpoints ne sont plus des URL mais des IP. Cela serait une contrepartie logiciel de l'Internet des choses. IPv6 rend cela possible, l'espace des adresses est grand. Mais au fond qu'est ce que cela apporte ? Ok, un processus peut commencer quelque-part et être tué puis relancé ailleurs. Oui, chaque processus peut avoir sa propre politique de qualité de service. D'accord, on pourrait imaginer que des serveurs changeant sans cesse d'IP pourraient être plus difficile à tracer et à stopper. Je trouve que Renzo ne va pas vraiment encore au bout de l'idée. Cette idée a été prototypée, ça marche, mais je suis resté sur ma faim. Je note tout de même un bel aphorisme : "the art and beauty of revolutionary ideas translated into (libre) code".

Soren Hansen / Bringing monitoring into the 21st century - How to predict problems before they arise

Soren présente dans l'amphi Janson ce qu'il identifie comme le plus gros problème du monitoring : monitorer des sondes en utilisant des comparaisons à des seuils est primitif. Une observation plus fine, dans le temps, pourrait permettre de se rendre compte d'un problème à venir. Un humain peut lire une tendance ou un événement atypique, il faut que le monitoring fasse de même. Soren construit Surveilr dans ce but, brillant ? et bien pas vraiment. Ce qu'il a montré de Surveilr laisse plutôt penser qu'il a créé un magnifique nouvelle architecture agent/store/client à plugin qui duplique l'existant sans véritablement innover. Intégrer plus d'intelligence à Nagios ou interpréter les données de Munin aurait une valeur énorme, pourquoi réinventer l'infrastructure ? La aussi on peut admirer la dissymétrie entre la grandiloquence du titre et le fond de la présentation. Bon...

Claire Clarista / Why the community should welcome Average Jane and Joe

Je passe à la track community avec une idée simple en tête : si il est facile d'apprendre des choses techniques en lisant le web, il faut écouter les gens pour avoir leur retour d'expérience. Clarista est membre de la communauté Mozilla française depuis qu'elle vit avec un Geek libriste. Elle ne connaissait rien à la technique, faisait à peine la différence entre un browser web et un moteur de recherche. Elle le revendique : elle était une fille comme les autres, peuplant notre monde sans avoir la culture geek qui semble nécessaire pour participer à un projet de logiciel libre. Pourtant, les projets libres ont besoin de personnes comme elle, car ces logiciels n'ont de sens que si ils rencontrent le grand public. Avec humour, Clarista décortique ce qu'elle a découvert au contact de la communauté Mozilla et les travers de ses membres, peu prompts à relever la tête de leur PC ou à accepter qu'un terme imprécis soit parfois employé. Elle note que pour faire le pont entre le grand public et ces geeks vivant isolés, il faut que les communautés tendent la main à des Jane and Joe du grand public. Ils peuvent accueillir les questions, prendre le temps d'expliquer en des termes simples. Ils peuvent faire des traductions, participer à documenter, communiquer sur l'âme du projet, ses valeurs, organiser des événements et faire vivre la communauté. Clarista a participé à une rencontre pour présenter Mozilla au Senegal et fait vivre le site Bonjour Mozilla qui présente jour après jour les membres de la communauté. Une vraie prise de risque dans cette présentation et une vraie source d'inspiration !

Bryan Østergaard / You're doing it wrong!


Bryan est à la tête d'une distribution Linux assez similaire à Gentoo et appelée Exherbo. Cette distribution réussit à attirer 5 nouveaux contributeurs chaque mois alors que d'autres se dépeuplent. Sa présentation est un retour d'expérience sur sa façon d'être le dictateur bienveillant du projet. Il faut connaitre ses objectifs afin de consacrer son temps là où c'est nécessaire. Il faut ensuite comprendre la motivation des individus qui veulent contribuer. Beaucoup des gens qui viennent le voir sont de jeunes développeurs sortant de l'université. Contribuer à un projet libre est pour eux une vraie expérience sur un vrai sujet, un bon point dans leurs CVs. Les gens ne sont pas payés pour contribuer, Bryan pense que c'est en créditant leur travail qu'ils sont le plus récompensés. Il accueille avec beaucoup d'ouverture et de patience les contributeurs, les aide à réaliser leur premier patch en acceptant de beaucoup interagir avec eux. En diminuant ainsi la barrière à l'entrée, non seulement il a enrôlé de nombreux développeurs et en plus il a forgé les valeurs de sa communauté, à leur tour chaque membre va tendre à bien accueillir les nouveaux. Bryan nous raconte que le premier contributeur qu'il a eu a produit un document qui ne lui plaisait pas. Il a pourtant fait le choix de l'accepter, d'une part par ce que ce document n'existait pas et qu'il valait mieux une approximation que rien et d'autre part pour ne pas commencer par un refus, pour simplement avoir un nouveau contributeur. Il l'a mis en ligne et à mis son nom en avant, le doc est resté un moment inchangé et à été corrigé plus tard par d'autres membres de la communauté. Bryan reste au commande de la distribution mais en essayant de ne pas refuser les contributions. Il est transparent sur ses buts et sur ses méthodes, et parle ouvertement de manipuler les gens pour être de meilleurs membres de la communauté. Lorsqu'une proposition lui déplait vraiment, il dit qu'elle est intéressante mais qu'il a une autre idée et qu'il va la mettre en oeuvre. Un moyen de limiter le rejet. Une autre idée qu'il met en avant est le fait qu'un utilisateur qui a un problème technique a le pouvoir de le décrire d'une manière intéressante qui donnera envie aux développeurs de résoudre l'énigme et de le corriger. En fait, ce qu'il décrit me semble définir une communauté, un ensemble de personnes qui s'inspirent mutuellement. Excellent !

Carlos Sanchez / From Dev to DevOps

Changement de track pour aller à la rencontre de Carlos Sanchez. Devops est un sujet que je connais mais je n'avais jamais assisté à sa présentation. Carlos explique qu'il vient du développement logiciel agile et que devops est pour lui une extension de l'agilité vers les infrastructures. Il y a traditionnellement un clivage fort entre les devs prompts à tout bouleverser et les ops garants du fonctionnement continu. Il y a pourtant beaucoup à gagner pour les deux professions à combiner leurs talents dans une démarche agile jusqu'au bout. Carlos décrit ensuite les outils utilisés, un moteur d'intégration continue, Puppet (ou Chef), Vagrant, Veewee, Geppeto et Maven essentiellement. J'ai eu l'occasion de lui poser une question sur un sujet qui me tient à coeur : comment Devops permet d'étendre TDD à l'infrastructure. Dans une démarche Test Driven Development, on architecture l'application en cours de développement afin de répondre à des spécifications exprimées sous forme de tests. Devops permet de l'étendre et de faire du Test Driven Infrastruture. On peut par exemple commencer par exprimer les tests fonctionnels d'une application web, et aussi ses tests de charge ou de sécurité, puis chercher une première infrastructure capable d'y répondre, puis refactoriser tant que nécessaire. 

Après la présentation j'ai été alpagué par Nicolas Pierron. Il m'a montré la ferme de build Hydra qu'il met en oeuvre pour la distribution Linux basée sur le gestionnaire de packages Nix. Nix est un mécanisme pointilleux qui assure une reproductibilité totale du build. Une idée maline est de considérer les fichiers importants tels que les fichiers de configuration au même titre que les packages dans les descriptions de dépendances. Nicolas me montre comment pour valider leur distribution ils testent en intégration continue des cas d'usages. 

Beaucoup de choses intéressantes, une organisation rock solid, une très bonne ambiance, et plus d'une heure de sommeil dans le train durant le voyage retour tant Fosdem est fatiguant. Vivement l'an prochain !
crédit photo : Stéphane Bagnier

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